Après avoir publié un premier article sur les aspects initiatiques de la marelle  nous publions en complément non contradictoire un point de vue maçonnique à travers le texte que nous remercions Noabag pour nous l'avoir confié.

La culture populaire était, demeure et sera toujours un moyen de transmission. Elle perpétue des légendes, des mythes, des mystères ; à son corps défendant bien souvent, en oubliant même ce qu’elle fait parfois, mais de façon continue au travers des âges. Marelle, jeu de l’Oie, Mahjong et autres échiquiers ont toujours eu en somme une portée bien plus large que le seul divertissement de leurs joueurs.

C’est dans cette perspective que nous placerons ce travail, celui de la transmission initiatique, plutôt ésotérique de quelque chose, parmi d’autres, que nous pensons avoir toujours connu. Car rappelons-nous que la 1ère chose à savoir et que nous ne savons rien. La 2nde c’est que la mémoire existe au-delà de nos vies d’hommes.

Pour traiter ce sujet, nous organisons la réflexion en 3 moments :

  • Le jeu lui-même, ses variantes et symboliques apparentes.
  • Son ésotérisme, c’est-à-dire une tentative d’explication du sens des symboles relevés ;
  • Sa portée maçonnique enfin, car après tout c’est bien pour une loge de Saint Jean que cette note est rédigée.

La marelle : description

La Marelle est ce jeu connu de tous. Sa forme actuelle commune est celle d’un parcours de plusieurs cases successives qui en 7 voire 9 étapes successives, doit nous mener de la Terre au Ciel.

L’Enfant progresse à cloche pied, suivant une pierre qui le précède sur ce Chemin, faisant repos à quelques occasions. Une fois le Ciel atteint, le Joueur se doit de parcourir en sens inverse la distance qui le sépare maintenant de la Terre.

L’exposition simple du principe du Jeu doit éveiller des attentions et faire échos à des propose déjà discutés ici…et Ailleurs…

D’autres que nous ont parfaitement traité ce sujet de la Marelle et nous n’aurons pas l’audace de reprendre leurs écrits à notre compte. Il est préférable de mettre à la disposition des F\de l’Assemblée les documents qui ont en grande partie fondés ce travail. Toutefois nous voudrons tout de même mettre en avant ici une forme plus ancienne et à notre sens grandement porteuse de sens plus explicite à nos yeux en termes de contenu initiatique.

C’est sur la Marelle assise que nous nous attarderons donc. Ce jeu antique connu semble-t-il dès avant Rome, se présente sous la forme de trois carrés concentriques, tous reliés entre eux par des canaux orthogonaux, passant par les milieux de chacun des côtés.  C’est un choix fait en conscience que nous faisons de traiter ici cette figure particulière et nous ignorons en cela les mises en garde du sans doute bien nommé Emile ESPERANDIEU, prévenant Florance (qui avait trouvé un signe similaire gravé dans une vielle pierre) de son enthousiasme quant à cette figure. « C’est extrêmement téméraire, à mon avis. Croyez-moi cela vous ferait du tort. C’est le hasard. L’idée de trois carrés concentriques est banale, il n’y a pas de symbolisme, c’est un simple amusement du médecin occultiste*» ( * : Cf Controverse de la pierre de Suevres).

De la Marelle en général, nous retiendrons donc les symboles :

  • De la progression (ou marche) initiatique (puisque permettant l’ascension) et de son nécessaire retour sur le chemin parcouru
  • De la Pierre et de ce qu’elle peut figurer.
  • De la Marche à Cloche pied, plus précisément de l’image du Boiteux , de Sa Variante en jeu Assis.
  • L’idée banale s’il en est de la Triple enceinte (Il existe également une forme de Marelle en Escargot qui ne sera pas traitée ici).

Ésotérisme de la marelle

L'Ésotérisme n’a jamais cessé d’être sujet, et nous l’avons suffisamment dit sur les col, il est un terme phagocyté, brouillé dans la compréhension que nous en avons. Mais, vous le savez également, nous considérons de notre responsabilité de F\M\ que de cheminer vers le sens vrai de toutes choses. (Le GADLU nous ayant, dans sa mansuétude dispensée de l’atteindre).

Aussi par Ésotérisme n’entendrons nous ici que "sens profond" des éléments exposés.

La progression tout d’abord. Elle renvoie à la démarche initiatique. Celle qui est la nôtre sans doute, mais plus largement la démarche de tout être qui décide et agit pour s’éloigner de ce qu’il reconnaît, à un moment de son existence, comme son état, sa Nudité.

Deux points sont à noter, dans le jeu classique ; tout d’abord c’est un parcours en 7 ou 9 cases qui précède le Paradis. Plusieurs étapes distinctes sont donc nécessaires à l’atteinte de l’objectif. Ce sont autant d’épreuves qui vont permettre un raffinage du joueur et l’amener à l’Etat requis pour accéder à l’ultime niveau. Sans traiter ici de ces nombres particuliers, nous dirons que le système d’étapes et leur imbrication est porteur d’une certaine méthode.

Secondement, l’obligation du joueur de revenir sur ses pas pour véritablement compléter le chemin et peut être remporter la partie ?

Ce Parcours, ses étapes et sa dynamique sont les fondements mêmes de l’Initiation.

Cette structure, composite, nous présente par sa construction, l’ontologie de la démarche, i.e. un ensemble organisé, rythmé en phases accessibles selon un ordre prédéfini, qui chacune apportent une strate de connaissance supplémentaire venant s’ajouter à celles déjà obtenues. En cela, il est intéressant de noter que, la position de l’Enfer au terme des étapes du jeu, placé en antichambre du Paradis, peut apparaître comme une cryptique mise en garde de l’Hybris qui pourrait saisir le joueur fragile, croyant avoir enfin pénétré le mystère, mais qui en réalité serait figé devant son seuil.

La Pierre, Dans le jeu elle indique par avance la case ou devra se rendre le joueur. Objectif à atteindre, nous pourrions dire qu’elle fuit devant son poursuivant, le contraignant à avancer sans cesse, bravant tous les périls, même donc les feux de l’Enfer. Au-delà de l’Allégorie Mac\ de la Pierre que nous développerons bientôt, c’est le rôle « d’objet utile » de celle -ci durant le jeu qui nous intéresse. C’est en effet sa poursuite qui est le prétexte au parcours du chemin déjà tracé ; et le fait de la rejoindre sur une même case, d’être au même niveau qu’elle qui attribue la victoire. (si tant est qu’existe réellement un vainqueur au Jeu.)

La pierre n’est rien par elle-même qu’une image du but à atteindre et une fois rejointe du chemin parcouru. La Pierre est un témoin de la progression.

Le Boiteux, C’est à cloche pied, dans une avancée ponctuée de repos que se parcourt le chemin. Les quelques documents joints à ce travail traitent avec une belle clarté de l’aspect symbolique de cette démarche particulière. Nous ne nous entendrons sur le point que pour faire le lient entre le Claudiquant qu’est le joueur et non pas l’Initié mais l’initiable, qui a l’un de ses pieds sur Terre et l’autre Ailleurs. Nous parlons bien d’Initiable car l’Initié, lui est celui qui a parcouru le chemin, par celui qui l’arpente. Mais entendons-nous, ce statut d’initiable sous notre plume, n’est rien moins qu’Honorable.

Retenons qu’à l’instar du parcours, tracé dès avant le début de la partie, le boiteux souffre de claudication avant même que débuter sa marche. C’est son Initiabilité qui l’handicape, l’empêche de se mouvoir parmi ses semblables. Dans le Monde et quelques soient ses efforts il demeure singulier pari les autres.

La Triple enceinte, Ici encore nous refuserons de nous lancer dans un exposé des propos d’autres auteurs bien plus érudits que nous et inviterons le lecteur curieux à s’intéresser aux écrits de Guenon sur le sujet. Nous bornerons nos remarques à une lecture architecturale des cathédrales gothiques. Edifices fabuleux, porteurs de myriade d‘éléments symboliques, où nos glorieux prédécesseurs œuvraient à graver dans la Pierre…un savoir intime, précieux et conséquemment ésotérique. Le fameux tracé de carré concentrique est effet présent au cœur même de l’œuvre.

Si nous nous referons à la cathédrale de Reims, celle-ci est construite sur la base d’un triangle équilatéral, qui donne naissance de fait au quadrilatère rectangle qui contient en son sein la croisée des Transepts. Ce premier Carré est la Table il est dit que sa largeur est celle du Vaisseau principal. Un second carré autour du premier délimite la largeur du Transept et de la Nef, un troisième et dernier marque la Largeur du Chœur.

Gardons-nous de tout tropisme (Évoquons tout de même le trio Jean Le baptiste, Jésus, Jean l’Évangéliste préfigurés par Janus Bifront) et notons que d’autres édifices fameux usaient de cette structure. Nous en voudrons pour preuve le Temple de Salomon, qui pour se diviser dans les quatre parties que nous décrit le Livre était nécessairement composé de trois murs qui ensemble délimitaient et renforçait l’espace en leur sein qui abritait l’Arche.  Citons également Platon qui dans le Critias décrit avec force détails les trois murailles que creusa Poséidon pour créer l’Atlantide : « …Poséidon la fortifia en creusant autour trois enceintes circulaires concentriques, deux de terre et trois de mer… »

Peut Etre est-ce là, Ff\ App\ une autre représentation de ce que d’aucun nommeraient conscient, inconscient subconscient. Accordez-nous la coquetterie d’y préférer Corps Âme Esprit. Ce que nous pouvons en retenir c’est que les Anciens accordaient à cette structure particulière un intérêt certain ; cette triple enceinte semble, au travers des âges, destinée à protéger un Trésor. Que ce trésor soit le Trident D’or de Poséidon, l’Arche couverte des Ailes des chérubins, le Cœur Sacré du Fils de l’Homme.

Maçonniquement : qu’en dire ?

Eh bien le Maç est sans doute ce boiteux engagé sur la Marelle particulière que lui propose la Maç en général et son rite en Particulier. Reconnu comme initiable par ceux qui sont devenus ses Ff, il a débuté une progression au gré de laquelle il changera successivement d’Etat, d’Etat de conscience à tout le moins.

Arrivé au plus haut, "L’Âme illuminée d’Intelligence et de Sagesse…", à l’Image d’Ulysse, c’est sur Terre parmi les Hommes, que le boiteux exalté, transfiguré reviendra et existera. Boiteux toujours mais capable de rendre cette différence invisible aux yeux de ceux qui hier encore le prenait pour un infirme. Sans ce nécessaire retour parmi les hommes, le Maç pourrait demeurer prisonnier dans les limbes stériles d’une spiritualité biaisée sacrifiant la quête vraie de la Lumière à un onanisme peu éclairant.

La Maç\nous propose donc un parcours particulier et la première étape est la compréhension du nombre 3. Ce 3 qui entoure le centre de toutes choses, ce trois qui par sa seule existence induit et préfigure ce qui suivra. Car Ff , la Maç est un Ordre (prédéfini), Traditionnel (sensément pratiqué de manière identique dans le Temps) Initiatique (dont l’enseignement se fait par étapes) et Sobriquet (porteur d’un sens bien plus profond que ne laissent supposer les apparences). La Maç nous pousse, au travers des symboles et plus largement de sa méthode à modifier notre niveau de réceptivité et au fil des année peut être notre compréhension. En toutes choses le Mac\ garde un œil aiguisé sur le Sens qui lui est présenté ; grâce à certains outils celui de l’Allégorie notamment, il est capable d’atteindre un niveau de perception plus fin que le profane ; à tout le moins c’est cela son devoir de MM.

Pour conclure, nous dirons donc que la marelle est porteuse au travers du temps de potentialités. Suivant que l’on y joue innocemment ou que l’on y recherche quelque trace d’une connaissance immémoriale, ces quelques traits au sol délimitent un Univers, le temps au moins d’un jeu partagé qui, du Ciel à la Terre et de la Terre au Ciel nous rappelle un instant avant de reprendre le cours de nos vies, le souvenir des jours où nous étions presque libres.

 

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