Avertissement

Nous remercions Olivier pour nous avoir confié ce bel article sur la symbolique du jeu de l’oie. Nous attirons toutefois votre attention sur le fait que les éditeurs successifs de jeux de société ont apporté leur touche personnelle dans le choix des symboles voire dans leur ordonnancement. Nous n’avons pas retrouvé le tapis dont s’était inspiré l’auteur au moment ou il avait rédigé ce texte. Les discordances que vous pourrez déceler entre les illustrations dont nous avons cru bon d’orner le texte ne changent en rien la finalité et la portée ésotérique du jeu.

Le lecteur doit comprendre que la vertu de tout symbole est d’être fortement connotatif et que le fond doit toujours l’emporter sur la forme. Les différences constatées loin de nous perturber doivent au contraire nous encourager à méditer sur leur origine possible et les enseignements que nous pouvons en tirer. Nous avons tous des parcours et des cheminements différents sur le chemin mais ils ont tous le même but quels que soient les accidents et joies rencontrés sur nos parcours respectifs.

Introduction

Intrinsèquement, le jeu est un symbole de lutte contre la mort (jeux funéraires), contre les éléments (jeux agraires), contre les forces hostiles (jeux guerriers) ou contre soi-même (contre sa peur, ses faiblesses et ses doutes).

À l’origine, le jeu est lié au sacré et peut revêtir une fonction initiatique au-delà de son aspect ludique.

Ainsi, nous verrons que la tradition ésotérique considère le Jeu de l‘Oie comme un labyrinthe.

L’alchimiste FULCANELLI y décèle, quant à lui, l’un des recueils des principaux hiéroglyphes du Grand Œuvre.

La plus ancienne mention du Jeu de l’Oie remonte à la Cour des Médicis à Florence en 1580 même si certains datent son invention de la guerre de Troie (cf. note in fine) on note déjà sa présence dans les tombes égyptiennes.

A la Renaissance, on parle du « noble jeu renouvelé des Grecs » pour évoquer ce jeu de hasard populaire dont nous tenterons de montrer que les règles, å la portée des enfants, peuvent revêtir une signification plus subtile pour I ‘initié.

Un vieux mot français confirme le véritable sens que l’on doit accorder å ce jeu.

Il s’agit du verbe « oyer », entendre, d’où le nom d’« oye », d’oreille.

Le « noble jeu de l‘oye » peut donc devenir le jeu de I ‘entendement.

Le jeu

Le Jeu se présente sous la forme d’une spirale de 63 cases, enroulée vers I ‘intérieur et comportant un certain nombre de pièges.

On peut y voir symboliquement la reproduction imagée de l’existence humaine parsemée de pièges, d’événements heureux, de progrès et de luttes sans oublier la mort.

C’est donc å un véritable parcours initiatique auquel le joueur est convié, à une métaphore du cycle de la vie au centre duquel figure l’accomplissement de l’individu auquel le joueur parviendra selon le hasard des dés, contrairement au chemin de l’initié qui ne repose que sur le travail accompli sur un chantier toujours en construction.

Les règles du jeu de l’oie

 

L’oie dans l’histoire de la tradition

Avant de s’intéresser plus spécifiquement au Jeu lui-même et tenter d’en percer l’ésotérisme à travers l’étude de ses cases les plus emblématiques, il convient de s’attarder quelques instants sur le symbolisme de l’Oie.

En tant qu’oiseau, l’Oie est prédisposée à servir de symbole aux relations entre le ciel et la terre.

Sous sa forme sauvage, l’ensemble des civilisations lui ont accordé une forte connotation symbolique.

Si elle apparaît pour les chinois contemporains comme le symbole de la fidélité conjugale en raison de la régularité de ses migrations, elle est, au commencement, le symbole du signal, de la vigilance.

On peut ainsi se référer aux oies sacrées du Capitole à Rome, élevées autour du Temple de Junon, sensées pressentir le danger, et qui donnèrent l’alerte pour empêcher l’invasion des barbares gaulois.

En Égypte, les pharaons furent identifiés au Soleil (Râ) et leur âme fut représentée sous la forme d’une Oie, attribut du dieu Geb, dieu de la Terre appelé Le Grand Caqueteur parce qu’il avait produit l’Œuf Cosmique ou œuf primordial qui est cité dans Le Livre des Morts des Égyptiens comme l’œuf lumineux pondu par l’Oie Céleste et couvé à l’Orient.

Cet œuf était supposé renfermer I ‘architecture harmonique du monde comprenant à la fois le macrocosme et le microcosme.

Qualifié de chef de l’Ennéade, qui regroupe les neuf grands dieux de l’univers mythologique égyptien, Geb est souvent représenté avec une oie sur la tête.

De même, l’avènement d’un nouveau pharaon était notamment annoncé par un lâché de quatre oies sauvages aux quatre coins cardinaux afin que nul n’ignore le nom du nouvel élu.

Il est stupéfiant de noter que les égyptiens utilisaient I ‘expression « d’oie en oie » pour signifier la réincarnation, le passage de la mort à la renaissance, l’Oie accompagnant les âmes des défunts dans leur voyage vers l’au-delà.

On comprend donc que cet oiseau au plumage blanc immaculé soit progressivement devenu un animal solaire et qu’en Afrique du Nord une coutume encore vivace le sacrifie lors de la période critique du changement d’année.

On conclura sur l’Oie en observant la forme caractéristique de sa patte qui a pu évoquer les Maîtres Templiers dont la croix pattée de gueules est le symbole le plus connu qui a traversé les siècles, gravé ou sculpté dans la Pierre : elle ouvre ses extrémités aux quatre points cardinaux et ses quatre branches égales évoquent les quatre évangélistes ou les quatre éléments.

On le voit, l’Oie est un animal qui mérite attention par-delà l’image quelque peu désuète et simpliste que la sagesse populaire a assigné à cet oiseau de basse-cour même si Les Contes de la Mère l’Oie peuvent revêtir pour certains un caractère hermétique.

Principaux symboles du jeu

Le jeu comprend 63 cases. La  numérologie nous montre que 6 + 3 = 9 ; chiffre éminemment symbolique qui est par exemple celui de l’arcane de l’Ermite dans le Tarot et qui représente la recherche de la lumière intérieure.

Le chiffre neuf est le carré du nombre 3. Ce chiffre des trinités fondatrices se retrouve sur le Jeu de l’Oie et les volatiles sont disposés sur des cases de manière à faire allusion à des multiples de neuf.

La spirale du nombre d’or

Le Jeu se présente comme un tracé en forme de spirale labyrinthique à parcourir pour arriver à la Connaissance, à la Lumière.

Il nous faut examiner maintenant ces deux symboles.

À elle seule, la spirale mérite assurément un article complet tant cette figure est chargée de significations symboliques dans toutes les civilisations.

On simplifiera à outrance en retenant qu’elle évoque l’évolution d’une force et symbolise, pour les civilisations primitives, le voyage qu’accomplit l’âme du défunt après sa mort jusqu’à sa destination finale.

Elle est partout présente dans la nature, visible sur la coquille de l’escargot ou invisible sous la forme hélicoïdale de l’ADN au sein du génome humain.

La spirale plane que représente le Jeu de I ‘Oie s’apparente plutôt à un Labyrinthe qui fait retour à son centre en une involution pour aboutir à I ‘Eden de la dernière case représenté par le Jardin de l’Oie.

Le hasard des dés peut aboutir à faire un retour sur des cases antérieures et ainsi à régresser en un mouvement involutif.

Les deux sens de ce mouvement, involution et évolution, peuvent alors symboliser la mort initiatique et la renaissance en un être transformé.

Pour l’initié, la spirale permet de mieux comprendre la recherche initiatique : l’homme doit ainsi aller de l’extérieur vers l’intérieur pour revenir sur ses pas par le même chemin.

Labyrinthe de la cathédrale de Reims

Par définition, Le Labyrinthe, qui est représenté également sur la case 42, est le lieu où il est facile de s’égarer, de se décourager.

Originellement, c’est le palais crétois de Minos où était enfermé le Minotaure, monstre à corps d’homme et à tète de taureau d’où Thésée ne put sortir qu’à l’aide du fil d’Ariane.

Le labyrinthe est par essence le symbole de la complication, des difficultés et des épreuves du parcours initiatique que tout individu doit suivre dans la recherche du Soi, au centre de son être où s’effectue la seconde naissance.

Érigé comme système de défense, il protège un centre sacré réservé à l’initié, néophyte qui aura traversé avec succès les épreuves de l’initiation, qui se sera montré digne des Mystères et qui sera désormais lié par le secret. La transformation du Moi opérée au centre du labyrinthe, les alchimistes parleraient de transmutation, eux qui lui confèrent une fonction magique, marquera le passage des ténèbres à la lumière, la victoire du spirituel sur le matériel.

En définitive, le labyrinthe conduit également au centre de soi-même vers une sorte de sanctuaire, de temple intérieur et caché que les initiés construisent patiemment pour y accueillir leur corps de gloire.

Quelques symboles supplémentaires

Il serait vain et fastidieux, de prétendre analyser l’ensemble des cases et il peut être ludique pour chacun d’entre nous de se reporter au Jeu de l’Oie de son enfance pour identifier individuellement les symboles universels susceptibles de « lui parler » ; par exemple :

  • L’épi de blé de la case 53.
  • Les moissons de la case 43.
  • La pomme, fruit de La connaissance de la case 21 avec son pentacle central.
  • Le coq, emblème hermétique présent dès la deuxième case.

On pourra aussi utilement observer La ruche et ses abeilles de la case 40 qui peuvent symboliser la collectivité organisée, laborieuse et obéissant à des règles rigoureuses propres aux rites initiatiques.

Tout comme la vie terrestre, le jeu comporte de bonnes et de mauvaises cases. L’Oie en est le fil conducteur et ne figure que sur des cases positives.

Sa migration d’une région à une autre est pleine de surprises et d’embûches tout comme le chemin initiatique.

Si vous deviez douter encore du caractère ésotérique du Jeu de l’Oie, j ‘ai décidé arbitrairement de retenir quatre cases particulièrement symboliques pour notre démarche : le pont, le puits, l’escalier et la mort.

Le pont

Le Pont de la sixième case est la première difficulté à laquelle le joueur se trouve confronté mais c’est une case positive.

Symbole du passage spirituel de la terre au ciel, il permet de passer d’une rive à l’autre et image parfaitement le rite de passage périlleux qu’est celui de tout voyage initiatique.

Le puits

Le Puits de la case 31 est un lieu d’échange et de ressourcement à la fois physique et spirituel. C’est un lieu sacré dans toutes les traditions et il réalise, comme voie de communication, une synthèse des trois éléments : air, eau et terre.

Dans la Bible, c’est auprès d’un puits qu’ont lieu les rencontres providentielles, les pactes et les alliances.

Symbolisant également le secret, la dissimulation, notamment de la vérité, il devient pour de nombreux contes ésotériques l’image de la connaissance selon la formule : « la vérité est au fond du puits ».

Enfin, si l’on se penche au bord du puits, telle une lunette astronomique il reflété et relie les trois mondes : le ciel, la terre et les enfers.

De façon négative, il peut représenter un obstacle. Le Jeu de I ‘Oie y fait d’ailleurs tomber notre initié qui doit attendre la chute d’un autre joueur pour progresser dans le Labyrinthe.

L’escalier

L ‘Escalier de la case 39 est, quant à lui, le symbole de la progression vers le savoir, de l’ascension vers la Connaissance.

Il participe de la symbolique de l’axe du monde, l’axis-mundi, de la verticalité et de la spirale.

Pour autant, I’ Escalier se prête aussi bien à l’ascension quand on le monte qu’à la régression sur le chemin initiatique quand on le descend.

C’est tout le drame de la verticalité que le Jeu de l’Oie résume bien puisque le joueur tombant sur l’Escalier régresse de six cases.

Ces cases négatives rappellent au cherchant la difficulté de son entreprise qui nécessitera Vigilance et persévérance.

La mort

Enfin, La Mort de la case 58 représente l’ultime initiation avant d’achever le parcours terrestre.

Elle est la dernière épreuve à subir avant d’atteindre le Jardin de I ‘Oie que l’on identifiera au Paradis, à l’Eden ou à l’illumination en fonction des croyances de L’initié.

Ce n’est pas qu’une case néfaste puisque la règle du jeu impose de retourner sur la première case et donc de reprendre une nouvelle vie tel un éternel recommencement, une réincarnation sans fin que les bouddhistes nomment Samsara avant de pouvoir atteindre le stade ultime de l’illumination et de la paix intérieure du Nirvana.

Conclusion

En conclusion, on ne peut ressortir victorieux du Jeu de l’Oie qu’à la lumière de la connaissance. Il s’agit d’un chemin long et difficile, semé d’embûches, d’épreuves initiatiques que l’on se doit de parcourir seul.

Si l’objectif est d’arriver le premier à la dernière case, le jeu n’est pas pour autant terminé pour les autres participants. En effet, chaque joueur doit accomplir son propre chemin, affronter les difficultés et tenter de les surmonter avec l’aide des outils qui lui sont propres afin de parvenir au seuil de l’ultime case.

En définitive, le Jeu de I ‘Oie ne constitue pas une fin en soi mais un moyen.

Bouddha ne disait-il pas à I’attention de ses disciples : « Je t’ai montré le chemin de la délivrance, à toi de le parcourir. »

Note complémentaire sur le labyrinthe

En effet, pour certains, le Jeu de I ‘oie, en tant qu’archétype du labyrinthe, fait directement référence å la légende de Thésée et du Minotaure.

Selon la Iégende, Minos, Roi de Crète, envoya son fils Astérion en visite chez Egée, Roi d’ Athénes. Astérion fut tué accidentellement aux jeux et Minos, inconsolable et dans une grande fureur, ordonna qu’en réparation, tous les neuf ans, Egée lui envoie sept jeunes filles et sept jeunes gens qui

seraient donnés en pâture au Minotaure, créature hideuse au corps d ‘homme et à la tête de taureau.

Les soixante trois cases du jeu de l’oie pourraient ainsi faire référence à ce cycle du sept que multiplie le neuf.

 

Merci encore à Olivier pour cet article qui illustre bien que nous sommes en permanence entourés de symboles dont nous devons décrypter les analogies.

5 commentaires

ce jeu a l’air très interagissant et intéressant

Merci pour cette interprétation très intéressante.

TREGUER Marie José

Merci pour cet article très instructif. Tout est relié c’est magnifique

Merci pour ce gentil commentaire que nous transmettons à Olivier.

CUADRAS Daniel

Très beau travail,merci Olivier.
Daniel

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